Troubles des fonctions physiologiques

 

III/ Les troubles des fonctions physiologiques

 

 

 

 

 

- Depuis  une vingtaine d'années, les effets biologiques du stress, en particulier du stress chronique sous ses différentes expressions qui est vécu par l'être humain et en particulier par l'enfant, sont connus: d'une part identifiés in situ par imagerie cérébrale (IRM, TEP, et autres), et/ou par mesure du niveau de cortisol dans la salive par exemple, et d'autre part, reproduits en situations de laboratoire sur les animaux.

 

a) Les mécanismes d'action physico-chimique en réponse à un stress prolongé 

 

De façon schématique, disons que toute réaction émotive est transcrite en phénomènes bio-chimiques qui inondent  le corps à partir du cerveau, l'organe récepteur/décodeur/émetteur.

Le double circuit anatomo-chimique est connu : il part du cerveau avec mise en  alerte des structures limbiques (amygdale, hippocampe, nucleus accumbens), du cortex (temporal et préfrontal), de certains noyaux de l'hypothalamus, et de  l'hypophyse principalement. Cette mise en alerte se propage à travers les différentes structures anatomiques cérébrales par changement dans la sécrétion des nombreux neuromédiateurs cérébraux dont la dopamine et la sérotonine ainsi que des hormones, autre type de neurotransmetteurs.

D'une part, l'hypophyse va sécréter une hormone spécifique en cas de stress, l'adrénocorticotrophine, qui va aller stimuler les glandes surrénales; celles-ci produisent à leur tour de l'adrénaline (neuromédiateur du système sympathique qui active tout un ensemble de structures dont le coeur, les poumons et autres viscères, la peau, et les muscles) et des glucocorticoïdes dont le cortisol qui vont aider le corps à transformer les sucres en énergie.

D'autre part et dans le même temps, le système sympathique activé par l'hypothalamus va actionner les organes du système immunitaire, préparant ainsi l'organisme à une première ligne de défense rapide puis à une seconde plus lente.

Les sécrétions en neuromédiateurs et autres hormones spécifiques reprennent un niveau normal quand le stress disparaît.

Par contre et c'est là le problème, quand la personne se trouve en état de stress continu ou prolongé, des dommages physiques et psychiques vont se produire. Que se passe-t-il ?

On sait depuis quelques années qu'un état chronique de stress, même de faible intensité, conduit à l'affaiblissement du système immunitaire, à la perte de la masse osseuse (décalcification) et de la musculature (fonte des muscles), à des troubles gastro-intestinaux, à la suppression de la reproduction et à des problèmes mnémoniques (détérioration des neurones de l'hippocampe) [1].

Les grands responsables de ces diverses pathologies sont les glucocorticoïdes [2] qui se maintiennent à un taux élevé dans l'organisme à la différence des autres hormones spécifiques du stress qui ne peuvent rester à des taux élevés.

En se maintenant à un taux élevé dans le sang, les glucocorticoïdes neutralisent le système immunitaire dans sa double action, celle rapide avec les macrophages et lente avec les lymphocytes, par surproduction de certaines cytokines qui le rendent inopérant. C'est le phénomène d'immunosuppression [3].

Si nous nous reportons à la méta-analyse des psychologues Suzanne Segeström et Gregory Miller [4], le stress, dépendant de son type et de sa durée, provoque ou non une baisse sélective des défenses du système immunitaire. Selon leurs résultats, plus le stress se chronicise, plus les mécanismes cellulaires complexes normalement mis en action dans la lutte contre les maladies sont altérés.

En ce qui concerne l'affaiblissement du système immunitaire, je pense à tous ces jeunes enfants exposés à un stress prolongé dû à de mauvaises conditions de vie que j'ai vus en consultation et que je continue de voir dont le carnet de santé est rempli d'observations médicales menant aux mêmes diagnostics à longueur de mois tels que rhinites, rhino-pharyngites, bronchites et autres maladies infectieuses de l'appareil respiratoire.

 

b) Troubles psychosomatiques communément observés:

       - troubles du sommeil difficultés d'endormissement, réveils nocturnes, cauchemars,

         somnambulisme

       - céphalées

       - nausées, vomissements

       - maux de ventre

       - constipation/diarrhées

       - infections cutanées type eczéma, zona

       - crises d'asthme

       - maladies infectieuses de l'appareil respiratoire

c/ Autres pathologies organiques liées à ce type de stress [5]:

 - Inhibition de la croissance chez les sujets jeunes suite à la diminution de la sécrétion de l'hormone de croissance par l'hypophyse [6].

 - Décalcification osseuse.

 - Fonte des muscles causant un état de faiblesse et de fatigue.

 - Lésions du muscle cardiaque.

 - Parois des vaisseaux sanguins fragilisée.

 - Dépôt de cholestérol avec formation de plaques athéromateuses.

 - Pathologies gastro-intestinales : en particulier ulcères peptiques.

 - Altération de la physiologie reproductrice chez les deux sexes.

 - Affaiblissement chronique de la résistance aux maladies avec fréquence élevée des maladies infectieuses (à nouveau, nous pensons à tous ces jeunes enfants traumatisés par les conditions de vie qui leur sont imposées malgré leurs besoins et leurs désirs, suite à la séparation de leur père et mère, et dont le carnet de santé est couvert d'observations médicales au sujet de rhinites, rhino-pharyngites et bronchites à répétition).

   

En résumé général, sur les conséquences du stress chronique, schéma proposé:

                                                

                                                                       

                                                           stress chronique 

                                                                     ↓

                                                     dysfonctionnement cérébral

                                                         ↓↑                        ↓↑                   

                             troubles psychologiques     ↔     troubles physiologiques

                                   émotivo-affectifs                                   psychosomatiques

                                              relationnels                                          autres pathologies organiques

                                                    intellectuels

                                                    comportementaux

                                                                          

                                                                 

                                                                          

blue02_next.gif De plus, à noter qu'il y aurait un lien entre les traumatismes subis durant l'enfance et les maladies de type inflammatoire à l'âge adulte selon Andrea Danese, chercheur à l'Institute of Psychiatry à King's College London.  Etude longitudinale sur 32 ans publiée par Andrea Danese et al, Childhood maltreatment predicts adult inflammation in a life course study, Proceedings of the National Academy of Sciences, Vol.104 (4), pp.1319-24, 23/01/2007. http://intl.pnas.org

 

[1] A consulter sur le stress chronique et ses effets nocifs sur l'organisme l'ouvrage de N.Boisacq-Schepens et M.Crommelinck, Neuro-psycho-physiologie, vol 2, pp. 91-101, Ed.Masson, Paris, 1996.

[2] A lire sur l'action des gludocorticoïdes les travaux en neurobiologie de Jonathan Seckl et de Megan Gunnar (voir fichier références et liens).

[3) "Stress et cellules tueuses", article de  Karl Bechter et Katja Gaschler, pp 82-85,  dans la revue Cerveau et Psycho, n°8, déc 04-fév 05, 2005.

[4] Suzanne C.Segeström et Gregory E.Miller: "Psychological Stress and the Human Immune System: A Meta-analytic Study of 30 Years of Inquiry", pp.601-630, dans le "Psychological Bulletin", 2004, Vol 130, n°4.

[5] A consulter sur le stress chronique et ses effets nocifs sur l'organisme les pages 91-101 citées supra du tome 2 de Neuro-psycho-physiologie.

[6] Selon les auteurs cités ci-dessus, « le stress prolongé paraît particulièrement délétère chez le sujet jeune en phase anabolique intense : après une bouffée initiale de GH (hormone de croissance), cette sécrétion diminue fortement pouvant entraîner à la longue une inhibition de la croissance, sous l'effet de stresseurs chroniques puissants telle une importante privation affective ou une perturbation émotionnelle majeure ». op.cit., p.95.

 

                                                                                                                                           

 

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